_____
"Je
n'avais à l'époque jamais rencontré internet, avant
de décider que je ferais un site, même pas en utilisatrice."
|
|
Votre parcours pour arriver à l'internet?
Je suis de la grande tradition des Lettres. J'ai fait Khâgne, et des
études d'Histoire, suivies d'un troisième cycle de gestion.
J'ai ensuite travaillé une dizaine d'années dans le domaine
culturel. J'ai ensuite travaillé avec Jean-Jacques Aillagon, à
la direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, l'actuel président
du Centre Pompidou. J'ai travaillé sur plusieurs projet dont le dernier
la création d'une école des Beaux Arts. Le projet n'a pas
vu le jour pour des raisons économiques. J'ai donc été
remerciée. Je suis rentrée à la Fondation Napoléon,
par un chasseur de tête.
Mon poste au départ est celui de Directeur de la Fondation. Mon
travail est le déploiement et le projet général de
la Fondation, c'est-à-dire définir des axes sur lesquels on
doit se développer, quels projets formaliser pour qu'il y ait une
véritable identité de la Fondation. Pour cela je me suis appuyée
sur de vrais outils : la bibliothèque, le centre de documentation,
une revue d'histoire
Je n'avais à l'époque jamais rencontré
internet, avant de décider que je ferais un site, même pas
en utilisatrice. Mon problème n'est pas de maîtriser les outils
mais mon projet est de maîtriser le concept ou le motif pour lequel
on veut se servir d'une machine, quelle qu'elle soit. Mon activité
c'était de mettre en place des structures des projets qui soient
opérants et répondent à des missions.
Pourquoi avoir opté pour le support internet?
En 1996, on parlait surtout de CDRom. Mais j'ai pressenti que l'internet
pour ce que j'avais à faire était le bon outil. Ma réflexion
partait de trois pôles. Premièrement nos locaux sont exigus
et ne permettent pas de mettre à disposition de tous, du grand public,
toutes les informations napoléoniennes. Je savais qu'ici je n'avais
pas la chance de développement que j'espérais. Je me suis
donc dit que la solution c'était d'avoir un lieu intemporel, accessible
universellement. Ce fut cela ma première intuition. Deuxièmement,
avec notre budget de 10 millions de Francs par an, cela nous permet de faire
des choses mais pas d'être un grand éditeur d'informations.
Or comme tout éditeur nous avions des problèmes de distribution.
Comme nous éditions peu de livres, les distributeurs nous distribuaient
mal. Nous n'avons ni la structure juridique ni la structure économique
pour faire face au problème de distribution de l'information. Quand
je suis arrivée à la Fondation on s'asseyait sur des stocks
de bons produits qu'on ne savait pas diffuser, et qu'on ne savait pas faire
connaître au public vraiment intéressé. Finalement avec
l'internet, ce n'est pas moi qui vais chercher les gens, ce sont les gens
intéressés qui me trouvent. De plus notre souci n'est pas
commercial. Nous sommes reconnus d'utilité publique, nous avons une
mission de diffusion auprès du public, mais je n'ai pas besoin de
faire du chiffre. A partir de là, je me suis dit que l'internet n'a
de sens pour une Fondation comme la notre que si c'est le prolongement de
la bibliothèque papier. Donc mon site, en réalité c'est
le centre de documentation et d'information de la Fondation en ligne. Pour
les parisiens, on peut toujours venir consulter les livres sur place. On
est ravis de les voir. Pour ceux qui sont plus loin, les scolaires, les
étrangers et les autres, on leur offre le service en ligne. Globalement
c'est la même pensée qui l'irrigue. On sait maintenant aussi
que grâce au site des personnes sont venues à notre bibliothèque.
Sans ce support informatique, elles ne connaîtraient même pas
notre existence. Cela a drainé un public nouveau, notamment universitaire.
Le site répondait donc à toutes ces préoccupations.
Comment avez-vous conçu le projet de départ?
A la création du système, j'ai vraiment réfléchi
au concept : à qui mon service s'adresse-t-il, quel type de service
on peut faire, où sont mes clients, quel type de lectorat je peux
drainer. Je suis alors arrivée à un projet papier de 7 ou
8 pages. Et je n'avais encore jamais vu de site internet. Je n'étais
même pas sure que ça s'appelait comme cela. Mon président
au départ voulait même qu'on parte sur un projet minitel. Pour
ma part, je trouvais ce système inutilisable, et pas esthétique.
Je suis allée voir différents éditeurs qui avaient
fait des révolutions successives pour passer du papier au CDRom et
qui en plus avaient une nostalgie du papier. Et puis ce fut la rencontre
d'informaticiens qui me parlaient de SSII. Je ne comprenais rien, ils me
parlaient chinois. Eux parlaient technique et moi de projet éditorial.
Visiblement, on ne se comprenait pas. Puis j'ai rencontré Philippe
Feinsilber, qui à l'époque travaillait absolument tout seul.
Je lui ai exposé mon projet et lui m'a comprise. C'était la
première fois que je rencontrais quelqu'un qui était cohérent
par rapport à l'outil. Au départ lui était ingénieur
chimiste. Il a passé du temps aux Etats Unis et en rentrant il a
monté sa propre boite sur l'internet. C'est maintenant Babel@stal.
J'ai été son premier client. Il recrutait en fait en fonction
de mes besoins. Depuis il s'est considérablement développé
et je ne suis plus et de loin son premier client. Ils sont passés
en trois ans de 1 personne à 36 personnes.
Comment avez-vous travaillé avec cette société?
J'ai travaillé avec
Babel d'une manière simple et efficace : je n'avais qu'un seul interlocuteur
pour tout le site. De même que eux n'avaient qu'un seul interlocuteur
chez moi. Je pense que cette organisation est importante, parce que dans
ce genre de projets, les décisions éditoriales sont complexes
et importantes. Le fait que je suis la seule à valider les décisions,
a contribué à créer une cohérence.
Ma démarche a été de mettre en place un vrai outil
de travail. En cela je crois qu'on a été très performant
dès le départ. Au départ de mon projet par exemple,
je disais qu'on allait ouvrir 35 services par fenêtre, 5 barres de
menu. Et cette architecture on l'avait dès le début !
Que vous a apporté la société Babel puisqu'à
priori vous aviez déjà parfaitement conçu l'architecture
du site?
L'arborescence est un problème éditorial, mais cela ne se
joue pas seul effectivement. Et les gens de Babel m'ont amené une
foule d'idées. Chaque fois ils m'ont poussée à un stade
plus haut plutôt qu'un stade plus bas. Philippe Feinsilber est une
homme ambitieux intellectuellement. D'emblée, il voit où l'on
peut placer un sujet et sur ce point on s'est vraiment bien entendus. Par
exemple, à l'époque en 1996, on mettait à la queue-leu-leu
des listes de mots ou phrases qui étaient des liens pour les chapitres
suivants. C'était illisible, on passait des jours entiers sans trouver
quelque chose. Quand j'ai exprimé ce sentiment, Philippe m'a dit
qu'il fallait que j'investisses intellectuellement sur une base de données.
Et voilà mon souhait était formulé et réalisable.
Certains dossiers paraissent avoir des bases de données extrêmement
simples sur mon site parce que l'interface a été volontairement
faite pour un public non averti. Mais en réalité la base de
donnée qui est derrière est extrêmement complexe et
si je veux complexifier le tout je le peux sans problème. Je n'ai
plus qu'à changer mon interface. Et c'est là où ils
m'ont aidée à hiérarchiser mon niveau d'archives. On
s'est toujours dit avec Philippe, que si on ne développait pas cela
ou cela pour des raisons financières, on en ferait tout de même
la réserve, mais ce serait déjà inscrit structurellement
dans l'arborescence. De plus l'important, l'essentiel pour moi est de ne
rien supprimer de mon site. Les informations si elles ne sont plus d'actualité
sont archivées. Il fallait donc trouver un moyen d'organiser, de
hiérarchiser, de "tabuler" toutes ces informations. Alors,
sur deux ans, les informations ne sont pas forcément intelligibles,
mais dans 10 ans ces informations gardées, stockées et retrouvables
seront essentielles. Et c'est à ce moment-là qu'on pourra
voir ce que j'aurais voulu faire. J'ai eu dès le départ, en
fait une démarche d'historienne. Donc le site chaque année,
j'en fais une copie complète, pour pouvoir avoir dans quelques années
un recul vis-à-vis de nos avancées. Il me paraissait important
d'historiciser les outils. Cela a d'ailleurs impliqué plus qu'une
démarche mais aussi des obligations. C'est-à-dire qu'on a
daté tous les documents qu'on sort sur le site. Un peu comme les
éditeurs datent la version d'un roman, je date aussi la mise en ligne
de nos recherches.
|